Un chef d’oeuvre ?

En lisant certains commentaires de lecteurs à propos de Un Frère de Trop, certains mots, certaines phrases, certaines tournures reviennent sous la plume de ceux-ci qui ont pris le temps de déposer un avis. Pour cela déjà, je les en remercie.

J’y lis que ce roman est un page-turner, est très agréable à lire, se lit d’une traite, impossible à lâcher, etc… mais qu’il n’est pas exceptionnel, que ce n’est pas un chef d’oeuvre !

Là, j’ai envie de dire : mais tant mieux !

J’ai le sentiment que nous vivons aujourd’hui une époque où tout doit être exceptionnel, où l’on qualifie trop vite une oeuvre (écrite, filmée, chantée, peinte, etc…) de chef d’oeuvre… Une époque où en un rien de temps on vous qualifie de « révélation », de « nouveau roi de », « nouvelle star du »… « le king de », « etc… Personnellement je ne crois pas qu’on puisse donner du « chef d’oeuvre » du vivant de l’auteur. Par définition, le chef d’oeuvre est la pièce maîtresse de l’oeuvre achevée de l’auteur. Toutefois, si cet auteur est encore vivant et a devant lui nombre d’années pour écrire de nouvelles œuvres, qui nous dit que sa meilleure réalisation n’est pas à venir ? Ou bien ne va-t-il désormais « pondre » que des chefs-d’oeuvre ? Le marketing n’est plus à ça près, cela dit… Tout de même, on ne devrait juger de la pièce maîtresse qu’à la lumière de l’entièreté de l’oeuvre produite : il ne peut y avoir qu’un seul chef, non ? Par définition, qu’une seule tête à chaque corps…

A moins que ce jugement ne se réfère à une quelconque comparaison entre l’oeuvre d’un auteur X et l’oeuvre d’un auteur Y ? Ou à un classement sur une échelle qui va du navet au chef-d’oeuvre ?

Je vous raconte ma vie mais, par hasard cette semaine ma route m’a conduit à Villers-Cotterêts, la ville natale d’Alexandre Dumas, cet immense auteur de nombreux « chef-d’oeuvre »… Cet auteur prolifique a souvent été décrié par ses pairs et certains lecteurs, qui arguaient qu’il n’était qu’un pisse-copie, que ses romans d’aventure n’étaient pas de la grande littérature, qu’il était un amuseur plus qu’un auteur (d’ailleurs notoirement connu pour s’être adjoint les services de nègres, dont Auguste Maquet). Eh bien moi je respecte Dumas, justement parce que son but premier était de divertir le lecteur !

Je ne prétends pas me comparer à Dumas, loin s’en faut. Je ne lui arriverai jamais à la cheville, pas même au gros orteil ! Toutefois je me reconnais dans cette philosophie de « divertir le lecteur ». Lorsque j’écris, je ne cherche pas à tourner la plus belle phrase, le plus beau paragraphe qui soit. Je cherche simplement à emporter le lecteur, le prendre par la main, l’emmener avec moi de page en page, par un style simple grâce auquel il n’aura pas à se référer toutes les deux pages à un dictionnaire ou à relire deux fois une phrase pour en comprendre le sens.

A l’instar des américains, dans le monde du cinéma, qui sont très fort en « entertainment », je me considère plus à ce jour comme un « entertainer » que comme un « écrivain ». Ce qui m’intéresse, c’est d’être accessible au plus grand nombre et non à une « élite ». C’est pourquoi je préfère arborer un bandeau « xx mille lecteurs » plutôt que « la révélation » ou « un chef-d’oeuvre » ou « une oeuvre magistrale », ce genre d’arguties que l’on trouve à foison dans les rayonnages des librairies.

Je privilégie le factuel au subjectif. Car finalement, ce « chef-d’oeuvre » pour tel lecteur peut, le même jour, être un « navet » pour son voisin ! L’écriture est personnelle, subjective, toute comme la lecture. Chaque lecteur est unique avec sa sensibilité, ses émotions, son vécu qui font que sa grille de lecture est unique et personnelle.

Et je respecte chacun d’entre eux.

Et si je peux en divertir un maximum, alors j’aurai gagné mon pari.

 

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